Bonjour, je suis un donneur de sperme par insémination naturelle. J’ai toujours voulu aider les autres à réaliser leurs rêves. Je crois aussi que cela peut être fait de façon simple, très amicale et très sérieuse à la fois. Consultez mon profil et si vous aimez ce que vous lisez, écrivez-moi. Je serais ravi d’en discuter avec vous. Ce type d’annonces fleurit outre-Manche et commence à se répandre en France. Ce ne sont pas seulement des hommes prêts à aider une femme à devenir mère qui les signent mais aussi de plus en plus de femmes désespérées de ne pas remplir les critères d’accès aux Cecos (Centres d’étude et de conservation des œufs et du sperme) ou d’y attendre un don de spermatozoïdes. Sur fond de pénurie de donneurs légaux et devant une règlementation bien trop restrictive en matière de don de sperme, le système D prend de l’ampleur.

insémination naturelle

Que ce soit sur des sites de rencontre classiques, des forums consacrés à la maternité ou des sites spécialisés dans le don de sperme, les Européennes souscrivent de plus en plus à l’insémination naturelle. Cette dernière se distingue de l’insémination artisanale qui consiste à recueillir le sperme du donneur puis à l’injecter via une pipette dans le vagin. La méthode naturelle implique un ou des rapports sexuels avec le donneur jusqu’ici inconnu. Aucune d’entre elles ne bénéficient d’un cadre légal en France mais, parce qu’elles se retrouvent dans l’impasse ou parce qu’elles savent que l’insémination naturelle serait trois fois plus efficace que sa variante artisanale*, nombreuses sont les femmes qui ont décidé d’y faire appel pour pouvoir fonder une famille. Célibataires, homosexuelles ou en couple avec un homme, leur décision est surtout motivée par l’absence de choix.

Insémination naturelle: Risques partagés

De leur côté, les donneurs qui offrent ce type de service soulèvent inévitablement maintes critiques : visent-ils des femmes vulnérables en échange de rapports sexuels gratuits ? D’autant que tous ne souhaitent pas établir de contrats moraux avec la future mère – au même titre que certaines femmes ne le souhaitent pas non plus – et repartent aussitôt l’insémination réalisée. Certains réclament même des photos avant de se déplacer, un pré-requis qui balaie toute notion altruiste… Mais les femmes en font parfois autant, aussi pour tenter d’imaginer à quoi ressemblerait leur enfant. Alors oui, certains hommes en profitent certainement. Mais si des receveuses ne voient en eux qu’un donneur de sperme matériel, difficile de leur jeter la pierre. Faut-il par ailleurs rappeler que l’acte sexuel, en particulier entre étrangers, passe nécessairement par un minimum d’affinité physique ? En prenant donc du recul, si la procréation ne résulte pas dans ce cas d’un projet établi à deux dans une relation stable ou même d’un accident, que la relation soit sérieuse ou non, Internet n’est finalement qu’un facilitateur. Pas toujours assumé et parfois ambigu, voire cynique quand certains en profitent, mais inévitable pour beaucoup.

Par ailleurs, l’insémination naturelle n’empêche pas forcément d’établir une relation de confiance entre le donneur et sa receveuse, voire une relation sur le long terme, y compris avec l’enfant ou les enfants qui naîtront. Car certains s’engagent à essayer de concevoir plusieurs frères et sœurs, souhaitent les voir grandir, même de loin, et refusent justement le don de sperme anonyme imposé par les Cecos. Des femmes témoignent également d’une belle expérience et rejettent toute stigmatisation, rappelant qu’il s’agit surtout de concevoir une vie humaine et que l’insémination, bien préparée, se passe dans le respect de l’autre.

Quoi qu’il en soit, aussi ancestrale qu’elle puisse paraître, l’insémination naturelle en tant que telle est une méthode de procréation qui se répand. Et qui, de par sa nouveauté, son caractère clandestin et l’utilisation d’Internet pour un acte aussi intime draine son lot d’écueils. Le donneur n’est pas protégé par la loi et peut par exemple devoir répondre des besoins de l’enfant jusqu’à sa majorité si la mère venait à le poursuivre en justice. Au même titre, la mère peut voir un jour le donneur réclamer ses droits en tant que père de l’enfant. Autant de précautions à évoquer en amont, en prenant un peu de temps pour se connaître et s’apprécier. Peu importe finalement les jugements portés sur cette méthode d’insémination qui n’est que le fruit de situations particulières et de décisions individuelles. Et qui incombe aussi à des gouvernements peinant par exemple à faciliter le don de sperme ou à légaliser le don privé.

* Selon l’agence de la biomédecine britannique, l’insémination artisanale fonctionne dans 5 à 15 % des cas, selon l’âge de la receveuse.