Ménage à trois ADN
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L’argument est médical mais l’avancée sociétale n’en serait pas moins importante. La Human Fertilisation and Embryology Authority (HFEA), équivalent britannique de l’Agence de la biomédecine, vient de rendre son avis sur la pratique – controversée – de la fécondation in vitro (FIV) à trois parents. Sollicitée par son ministère de la Santé en 2012, elle s’y déclare aujourd’hui favorable.

 

La technique permet d’éviter la transmission de certaines maladies génétiques mitochondriales comme les myopathies ou les dystrophies musculaires. Des maladies qui peuvent se traduire par des symptômes neurologiques, neuromusculaires, cardiaques ou rénaux. Certaines de ces pathologies touchent souvent plusieurs organes et sont potentiellement mortelles durant l’enfance. Or, elles ne se transmettent que par la mère. Il s’agit alors de pallier son ADN mitochondrial défectueux. Comment ? En extrayant le noyau de l’ovocyte de la mère susceptible de transmettre la maladie et en le transférant dans l’ovocyte d’une donneuse dont les mitochondries sont saines et dont on a retiré le noyau. Ce nouvel ovocyte est alors fécondé in vitro avec le sperme du futur père. L’enfant né de cette pratique aurait alors trois parents biologiques : il présenterait principalement les caractéristiques génétiques de sa mère et de son père mais aussi, inévitablement, quelques-unes de la donneuse. Une autre particularité de la technique est qu’elle ne permet pas de guérir d’une maladie mais qu’elle prévient cette maladie en créant des embryons disons indemnes, en tout cas génétiquement modifiés. Aujourd’hui interdite, elle n’est pratiquée nulle part dans le monde.ADN

Une première mondiale ?

Dans son avis rendu le 3 juin, la HFEA précise que cette méthode n’est pas forcément dangereuse et peut même être utile. La science est complexe mais le but est simple et ne doit pas être perdu de vue, ajoute-t-elle : permettre à des futures mères de ne pas transmettre à leur enfant une maladie grave, voire mortelle, quoi qu’il en soit sans traitement curatif. Le chemin est encore long, reconnaît toutefois la HFEA : le gouvernement britannique, qui a maintenant les cartes en main, va devoir convaincre les deux Chambres du Parlement et considérer tous les aspects aussi bien sociaux, médicaux qu’éthiques avant de pouvoir légiférer, comme il le souhaite, d’ici à la fin de l’année.

C’est en tout cas la troisième fois que la HFEA se prononce en faveur de cette nouvelle méthode de procréation médicalement assistée (PMA) préventive. Si d’autres expérimentations sont nécessaires, notamment sur des embryons humains en laboratoire, on estime que dix femmes pourraient en bénéficier chaque année outre-Manche.